Campagne des États-Unis contre la toxicomanie

La campagne des États-Unis contre la toxicomanie est une campagne de prohibition des drogues menée par le gouvernement américain.



Catégories :

Droit des États-Unis - Soins de santé aux États-Unis - Consommation de psychotrope

La campagne des États-Unis contre la toxicomanie (ou guerre contre les drogues, en anglais War on Drugs) est une campagne de prohibition des drogues menée par le gouvernement américain.

Historique

La campagne des États-Unis contre la toxicomanie s'inscrit dans une logique plus globale de lutte anti-drogue basée sur la vertu de l'abstinence et visant à une éradication totale des drogues dont la première étape serait la prohibition des drogues.

Ce contexte prend place lors des guerres de l'opium qui opposent essentiellement la Chine et le Royaume-Uni : la Chine désirant interdire les importations d'opium britannique.
Suite à ces guerres, le Royaume-Uni obtient la liberté d'importer l'opium en Chine, les ligues de tempérances américaines s'indignent alors de ce commerce forcé d'une substance aliénante dans un seul et unique but de profit. Ces ligues ont des fondements d'ordre religieux - fréquemment protestant - ou moral et présentent la consommation de psychotropes comme un danger pour la société et les valeurs morales. Ces ligues sont rejointes par des mouvements féministes et prennent une place importante dans la politique américaine influant sur le discours et la politique mondiale.

En 1906, les législateurs américains mettent en place une première loi le «pure food and drug act» qui vise à contrôler la vente de cocaïne dont l'abus se fait de plus en plus important puis en 1914, le «Harrison Narcotics Tax Act» pour finir par prohiber l'alcool (1919-1933) et enfin la marijuana en 1937.

En 1909, à Shanghaï, a lieu la première concertation mondiale sur le sujet à l'initiative des États-Unis, et dont l'un des objectifs est de priver les européens des revenus fructueux du commerce de l'opium. [1] Elle sera suivi de la conférence de La Haye en 1912 où sera signé la première Convention Mondiale de l'Opium.

Dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les États-Unis prennent en main la politique mondiale de lutte anti-drogue surtout via l'ONU ; diverses conventions visant à interdire ou à réglementer ces produits (conventions mondiales de 1961, 1971 et 1988).

Mais c'est en particulier l'affaiblissement progressif du bloc communiste et la fin de guerre froide qui donnent, à cette guerre anti-drogue, une autre dimension. L'armée a besoin d'un autre ennemi puisque le communisme est abattu si elle ne veut pas voir diminuer ses budgets et le peuple a besoin d'une nouvelle croisade contre les représentations du mal (Manuel Noriega, Pablo Escobar, Khun Sa, Saddam Husein, Oussama Ben Laden). [1]

Motivation

Selon les autorités américaines, la principale raison qui pousse les autorités et le public américains à mener à bien cette lutte est les enfants. Ils sont les plus vulnérables à l'usage de la drogue, aux États-Unis comme ailleurs. C'est parmi les adolescents, dont certains n'avaient que quinze ou seize ans, et les jeunes adultes, que s'était produite l'épidémie d'origine de toxicomanie aux États-Unis dans les années 1970.

À l'heure actuelle, ce sont les enfants qui, dès l'âge d'onze ou douze ans, sont la cible des revendeurs de drogue. Le gouvernement américain refuse de voir son avenir être menacé par un problème qui coûte en vie humaine et qui pourraient génèrer des problèmes pour les générations futures. Et cette raison est suffisante selon lui pour justifier les ressources, le temps et les efforts consacrés à la guerre contre les drogues que cela soit sur le territoire des États-Unis ou à l'étranger.

Les initiatives mises en œuvre aux États-Unis

Budget

En 1996, au niveau fédéral, les États-Unis ont affecté plus de quinze milliards de dollars US à de tels programmes. De 1987 à 1997, un total de cent dix milliards de dollars ont été consacrés à cette lutte. Il convient d'ajouter à ce total les sommes identiques dépensées à cette fin par les États et les localités, mais aussi celles déboursées par les entreprises, les collectivités, les écoles et les particuliers pour faire face à l'ensemble des problèmes liés à la toxicomanie. En tout, cela représente près de cinq cents milliards de dollars. Ce chiffre ne tient pas compte des coûts indirects de la toxicomanie mesurés en souffrances, actes de violence et pertes de vies humaines. Il reflète le poids financier que les drogues imposent aux États-Unis, mais également selon le gouvernement, sa volonté et celle du public de faire face au problème des drogues sous tous ses aspects.

La grande majorité des crédits fédéraux alloués à la lutte anti-drogue financent les initiatives mises en œuvre sur le territoire même des États-Unis. Il en est de même pour les fonds qu'y consacrent les États, les municipalités et les groupes privés. Cela représente au total plus de trente milliards de dollars par an. Les ressources fédérales consacrées à la lutte contre la drogue sont réparties entre quatre grands domaines : traitement, prévention, répression, et interception et programmes internationaux. Des sommes importantes sont aussi affectées à la recherche dans ces mêmes domaines.

Répartition des crédits
(en milliards de dollars)
Domaine 1997 1998
Répression 7, 835 8, 126
Traitement 2, 808 3, 003
Prévention 1, 648 1, 916
Interception 1, 638 1, 609
Programmes internationaux 0, 450 0, 487
Recherche et renseignements 0, 723 0, 831

Mise en place du budget

En 1988, le Congrès a créé le Bureau chargé de la lutte nationale contre la drogue («Office of National Drug Control Policy») qui, sous la direction d'un haut responsable, est chargé de coordonner l'ensemble des programmes fédéraux relatifs à la lutte contre les drogues. Le Congrès exige que l'exécutif lui soumette chaque année sa stratégie nationale de lutte contre les drogues dans le cadre de laquelle le gouvernement doit établir un budget consolidé basé sur ces objectifs. Les seize milliards de dollars sollicités pour l'exercice 1998 répondent à cette exigence.

Répartition des ressources

Les ressources prévues pour la répression couvrent un certain nombre d'activités comme les enquêtes judiciaires, les procès, le coût des incarcérations, mais aussi des sommes modestes pour le traitement médical des toxicomanes dans les prisons. Elles comprennent aussi quelque dix millions de dollars destinés au Service national des forêts pour lui permettre de combattre la production illicite de marijuana dans plusieurs parcs nationaux ainsi qu'un appui aux divers États en vue de la destruction des cultures de marijuana.

Les fonds réservés aux traitements médicaux soutiennent des programmes de désintoxication mis en œuvre dans la totalité du pays. La majorité des fonds sont apportés sous forme de dotations que les États sont chargés d'administrer en vue du financement de divers programmes allant du suivi médical à long terme en milieu hospitalier à d'autres formes d'intervention conçues pour aider les toxicomanes. On ne guérit pas de la toxicodépendance et le traitement peut quelquefois durer toute une vie. C'est pourquoi les efforts de prévention sont aussi soutenus. L'objectif est de dissuader les usagers en puissance de faire l'essai de la drogue. La majorité des crédits affectés à la prévention sont accordés aux États pour des projets d'information dans les établissements scolaires et pour soutenir les initiatives prises par les coalitions locales afin d'empêcher les enfants de se droguer.

Selon le gouvernement américain, la prévention est plus efficace si les parents, les responsables locaux, les écoles, les entreprises, le clergé et les étudiants y participent s'appuyant sur les exemples des résultats obtenus à Miami ainsi qu'à Cincinnati. Il se base aussi sur des expériences des années 1980 et du début des années 1990 où les activités ciblant les jeunes auraient permis de diminuer de façon significative l'usage expérimental de la drogue. Selon le gouvernement américain, entre 1980 et 1990, la consommation de drogue chez les jeunes aurait baissée de plus de 50% et celle de cocaïne de plus de 70%. Le comportement adopté à l'égard des dangers de la drogue aurait aussi totalement changé durant cette période, et de plus en plus de jeunes considéraient l'usage de la drogue comme dangereux et condamnable. Ces résultats auraient été obtenus en dépit du fait que la drogue restait disponible.

En plus des ressources qu'ils consacrent, sur le plan intérieur, à la lutte contre la toxicomanie, les États-Unis dépensent aussi des sommes importantes pour barrer la route à la drogue à leurs frontières et au-delà. Ils soutiennent les initiatives mondiales visant à empêcher la production et le transit des drogues. Selon le gouvernement américain, l'essentiel des drogues consommée aux États-Unis sont produite illégalement en Asie et en Amérique latine puis introduite en contrebande aux États-Unis par des organisations de narcotrafiquants basées hors des États-Unis. Au cours des cinq dernières années, les États-Unis ont dépensé plus de cinq cents millions de dollars en Colombie, en Bolivie et au Pérou pour financer la répression du trafic des stupéfiants, l'interception des drogues, le développement économique basé sur des cultures de remplacement, le traitement médical, la prévention et l'appui militaire. Ces fonds ont permis de soutenir les initiatives locales visant à combattre la production de drogues illicites, ainsi qu'à faire face aux menaces que font peser les grandes associations de criminels qui recourent à la violence, à l'intimidation ainsi qu'à la corruption pour saper l'autorité des tribunaux, des milieux d'affaires et des dirigeants politiques.

Mise en place d'une législation

La campagne des États-Unis contre la toxicomanie n'a pas simplement consisté à débourser des fonds. Les États-Unis, et le Congrès surtout, ont été les premiers à élaborer des lois mettant en place le cadre juridique servant à combattre la production de drogue et le blanchiment d'argent que procure son commerce. À ce propos, ils ont mis sur pied certaines des premières lois contre le blanchiment d'argent et les activités criminelles des trafiquants. Ces mesures obligent surtout les banques à signaler aux autorités tout dépôt de plus de dix mille dollars, pour empêcher que les transactions en espèces ou non monétaires ne masquent la véritable origine des fonds. Ces lois contiennent des clauses qui autorisent la saisie de biens acquis directement ou indirectement grâce à la contrebande ainsi qu'à la vente de stupéfiants. Elles sont invoquées de façon intensive contre les particuliers qui participent au commerce des drogues, aux États-Unis comme à l'étranger.

Pour enrayer la production de drogues, les États-Unis ont aussi adopté une loi servant à contrôler la vente et le transit des précurseurs chimiques utilisés lors de la production des substances illicites. Cette loi permet aux services américains chargés d'assurer le respect des lois d'empêcher le détournement de produits chimiques indispensables à la production de certaines drogues. Les États-Unis encouragent les autres pays à adopter des lois identiques et participent avec les sociétés pour mettre au point des mécanismes auto-régulateurs. Cependant, il y a toujours de nombreux pays qui n'ont pas adopté de normes permettant d'obtenir l'application des lois en vigueur.

Dans le cadre de leurs efforts en faveur d'une campagne mondiale contre les drogues, les États-Unis participent aussi avec la communauté mondiale, et surtout avec les pays membres du groupe des Sept, pour encourager l'adoption de normes mondiales de contrôle financier par le truchement de la «Financial Action Task Force» (groupe spécial d'action financière). Le Congrès met aussi l'accent sur le respect mondial de la Convention contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes de 1988. Les États-Unis ont en outre apporté des fonds au Programme des Nations unies pour le contrôle mondial des drogues pour favoriser dans de nombreux pays le suivi médical des toxicomanes, la prévention, la destruction des plantes narcotiques et la mise en œuvre de projets de développement reposant sur des cultures de substitution. Conjuguées aux programmes nationaux, ces initiatives entrent dans le cadre d'une stratégie visant à juguler l'ensemble des problèmes causés par la production, le trafic et l'usage des drogue dans le monde.

Les initiatives mises en œuvre à l'étranger

Article connexe : Narcotrafic en Colombie.

Les États-Unis s'investissent aussi des campagnes de financement de cultures alternatives ou de fumigations hors de leur territoire.

Ainsi le «Plan Colombie» mis en place en 1999-2000 sous la pression des États-Unis, l'Europe a refusé de cofinancer ce plan estimant qu'il appuie une logique de guerre dans la mesure où 70% des financements servent au renforcement du potentiel militaire des forces de répression colombienne. [1]

Ce pays aident aussi le Mexique dans le cadre de la lutte contre les narcotrafiquants au Mexique dans le cadre de l'initiative Merdia, et tente de limiter la narco-économie en Afghanistan durant la guerre d'Afghanistan de 2001.

Controverse

Article détaillé : prohibition des drogues.

Si la politique officielle vise à une lutte anti-drogue, il existe de nombreux exemples de soutien à des groupes ou des organisations criminelles en rapport avec le trafic de stupéfiants par les services secrets américains[2] pour servir leur objectif politique. Ces exemples témoignent d'une politique envers les drogues assez aléatoire, qui luttent contre sans hésiter à les utiliser.

Certains auteurs avancent que cette lutte anti-drogue cache des intérêts économiques comme par exemple en Amérique du Sud où avec ou sans guerre des drogues, les États-Unis doivent maintenir une présence militaire pour protéger les quelques 5 000 km de pipe-lines qui les alimentent. [1]

Des sources contradictoires dénoncent au contraire l'importance des sommes dépensées comparées à leur peu de résultat, selon l'organisation non gouvernementale Washington Office on Latin America dans son rapport de 2004, le nombre de consommateurs de drogue aux États-Unis serait resté plutôt stable ou alors aurait augmenté après 25 ans de lutte anti-drogue et les prix des produits auraient diminué augmentant la facilité d'accès à ces produits.

En 2009, le ministre mexicain de la Sécurité publique déclare que le trafic de drogue aux États-Unis génère des gains annuels de 63 milliards de dollars, . Le kilo de cocaïne se vend près de 50 fois plus cher aux États-Unis et en Europe qu'en Colombie ou au Mexique, jusqu'à 97 400 dollars [3].

Note

  1. Alain Labrousse, Géopolitique des drogues, Presses Universitaires de France, coll. «Que sais-je ?», 2004 (ISBN 2-13-054186-0)  
  2. libération anticipée de Lucky Luciano, soutien aux montagnards meos au Vietnam, soutien aux antisandinistes, etc. voir l'article Prohibition des drogues
  3. (fr) «La drogue aux USA : 63 Mds de par an», dans [Le Figaro], 28 août 2009 [texte intégral (page consultée le 3 septembre 2009) ] 

Voir aussi

Lien externe

Recherche sur Google Images :



"la campagne des Etats-Unis"

L'image ci-contre est extraite du site techno-science.net

Il est possible que cette image soit réduite par rapport à l'originale. Elle est peut-être protégée par des droits d'auteur.

Voir l'image en taille réelle (550 x 418 - 68 ko - jpg)

Refaire la recherche sur Google Images

Recherche sur Amazone (livres) :




Ce texte est issu de l'encyclopédie Wikipedia. Vous pouvez consulter sa version originale dans cette encyclopédie à l'adresse http://fr.wikipedia.org/wiki/Campagne_des_%C3%89tats-Unis_contre_la_toxicomanie.
Voir la liste des contributeurs.
La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 04/12/2009.
Ce texte est disponible sous les termes de la licence de documentation libre GNU (GFDL).
La liste des définitions proposées en tête de page est une sélection parmi les résultats obtenus à l'aide de la commande "define:" de Google.
Cette page fait partie du projet Wikibis.
Accueil Recherche Aller au contenuDébut page
ContactContact ImprimerImprimer liens d'évitement et raccourcis clavierAccessibilité
Aller au menu